Garden festival, Chaumont sur Loire 1996

program The international garden festival Chaumont-sur-Loire
architectes TERRENEUVE architectes
theme That water!
calendar competion 1996

Magnifiée dans les aménagements paysagers de Le Nôtre, brillamment domestiquée par les ingénieurs, outil de mise en scène, l'eau des jardins à toujours exprimé, à travers la maîtrise par les hommes d'un territoire et de ses ressources naturelles, l'abondance et le pouvoir. Mais l'eau peut aussi mettre en scène sa propre richesse: sa rareté, a une époque qui commence à envisager la pénurie comme un phénomène avec lequel il faudra compter. Dès lors, le spectacle de l'eau ne cherche pas à démontrer la puissance de l'homme mais la difficulté de préserver, de garder et de répartir ce liquide indispensable à sa survie.
Une partie des ressources d'eau douce encore inexploitées aujourd'hui se trouve sous forme solide, dans les glaciers de montagne et la calotte polaire. L'eau de glacier est réputée être la plus ancienne et la plus pure puisqu'elle date d'avant la pollution. Certains pays au climat trop sec étudient même la possibilité de remorquer des icebergs jusqu'à leurs ports et d'en récupérer l'eau, malgré les incidences financières et écologiques. A une moindre échelle, dans les régions chaudes et même tempérées, la glace est aussi un luxe très apprécié.. Le rafraîchissement des mets et des boissons a entrainé un commerce de glace, jusque vers les villes. La conservation de cette eau glacée le plus longtemps possible nécessite alors des techniques adaptées aux moyens disponibles. Des glacières de formes et de principes de fonctionnement très divers témoignent encore aujourd'hui de ces pratiques. Ce jardin s'inscrit dans ce contexte.
La première vision de ce jardin est celle d'un artifice: une couverture végétale fertile s'étale sur un sol minéral aride formé de galets. Le regard suit le sol qui disparaît sous cette couverture au relief ondulant. Sous cet écrin poreux et isolant, creusée dans le sol étanche, une glacière naturelle préserve une eau d'une grande pureté. Au travers de rares percements, on peut deviner la présence de blocs de glace. A l'opposé, une longue ouverture laisse apercevoir l'eau de fonte qui s'accumule dans des cavités du sol, formant peu à peu des réservoirs dont l'un va soulever le manteau végétal, en réponse à l'affaissement progressif des monticules de glace. Par endroits enfin, selon les conditions atmosphériques, la terre exhale une légère vapeur.
Nous avons voulu que l'eau de ce jardin soit rare, précieuse, pure, protégée. Qu'elle soit aussi matière: bloc solide, volume liquide ou enveloppe gazeuse. Nous avons cherché à ce que cette eau soit éphémère et de nature instable, qu'elle transforme les sols, modifie le relief et crée un paysage mouvant. Ce jardin est une expérience, une tentative pour conserver le plus longtemps possible une eau pure, une eau de glace, pour suivre son inéluctable transformation physique, au gré du climat et à travers les mouvements des sols.